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Egypte : donner la parole au peuple.

Article paru dans la LRI de juillet- août 2013.

Les événements dramatiques de ces derniers jours ne peuvent susciter que consternation et con - damnation. Les violences, d’où qu’elles viennent, ne peuvent apporter aucune réponse aux questions posées sur l’avenir démocratique de l’Égypte. Car ces questions sont de nature politique. Pour quelle Égypte des millions d’hommes, de femmes, de jeunes se sont dressés ces dernières semaines ? Le mouvement populaire, moderniste, laïc, attaché aux libertés individuelles qui refuse le référent religieux dans le fonctionnement d’un système politique va-t-il s’affirmer face aux courants islamiques ? Le besoin de réponses aux urgences sociales va-t-il être pris en compte, comme celui d’une nouvelle politique économique, qui puisse sortir le pays de l’ornière actuelle ?*

Ces dernières semaines, le peuple égyptien a repris la main et engagé sa « deuxième Révolution ». Depuis deux ans, et la venue au pouvoir des Frères musulmans, les Égyptiens n’ont eu droit qu’à une tentative rampante d’islamisation de leur société, cherchant à imposer une unique grille de lecture, le fameux « l’Islam c’est la solution », qui a vite tourné court, confronté à la réalité. Les luttes sociales et démocratiques n’ont jamais cessé pour s’opposer à la fois à l’islamisation de l’Égypte, et aux politiques libérales qui l’accompagnent. Toutefois, si ces luttes étaient nombreuses, elles restaient dispersées.

Nous n’en sommes plus là. Aujourd’hui, le peuple égyptien est passé de la résistance à l’offensive. Face au pouvoir affaibli, isolé, discrédité des Frères musulmans, dont la base électorale n’a fait que chuter, le mouvement populaire s’est rassemblé, en faisant converger toutes ses forces pour exiger le départ de Morsi et des Frères musulmans. Leur acharnement à se maintenir à tout prix au pouvoir a donc conduit l’armée à intervenir, afin d’y mettre un terme et d’ouvrir un nouveau processus politique. L’intervention de l’armée égyptienne a reçu le soutien populaire et, à ce jour, tout doit être mis en oeuvre pour réaliser la feuille de route : mise en place d’un gouvernement provisoire, une nouvelle Constitution et de nouvelles élections. Reste qu’il s’agit d’engager rapidement ce processus pour mettre fin aux violences et renouer avec un dialogue avec l’ensemble des courants politiques. Car les forces armées ne constituent pas une réponse adaptée à la situation. C’est aux forces politiques constituées et aux citoyens que revient la responsabilité de conduire la transition démocratique et sociale de l’Égypte.

Sans préjuger de ce que ces prochains jours seront faits, on peut se risquer à tirer quelques leçons. La première tentative dans l’histoire moderne de ce pays de faire de « l’Islam la solution », comme voulaient l’instaurer les Frères musulmans, est un échec total. à travers l’islam politique, la tentative d’instrumentaliser la religion pour en faire un mode de gouvernance n’a conduit qu’à la mise en place d’un régime autoritaire. C’est une grande leçon et un encouragement pour toutes celles et ceux qui, dans le monde arabe, luttent pour une société débarrassée de référents religieux dans l’organisation et la gestion de la société.

Il n’y a pas de solution en dehors d’une démocratie véritable, pluraliste, d’un exercice du pouvoir dans le cadre d’un État de droit, respectant les libertés collectives et individuelles, dont la liberté de conscience. Mais aussi d’une société libérée des tutelles libérales imposées par les puissances occidentales et les gran - des institutions financières internationales qui conduisent les régimes vers des dérives de plus en plus autoritaires.

L’autre leçon, c’est que les puissances occidentales, dont la première d’entre elles, les États-Unis, ont beaucoup misé depuis des années sur les mouvances islamiques, pour préserver leurs intérêts dans la région. Or, l’islamisme politique, partout où il est au pouvoir, est de plus en plus contesté.

Une nouvelle donne est donc en train de naître en Égypte, qui peut, si elle réussit, avoir des répercussions sur l’ensemble de la région. La responsabilité des forces démocratiques et progressistes égyptiennes est grande. Leur rassemblement est plus nécessaire que jamais, pour être capable de tenir toute leur place dans la réalisation des aspirations démocratiques et sociales de leur peuple.
Notre solidarité à leur égard est d’autant plus déterminée que jamais.

Patrick Margaté
Monde arabe

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