Regards sur l'Iran :

Quel avenir pour l’Iran ?

À ce jour, personne n’est capable de répondre sérieusement à cette question. S’il faut se garder d’un trop grand optimisme sur l’issue des évènements actuels, ces derniers constituent un incontestable bouleversement politique dans ce pays. Qui aurait dit il y a un an que ce pouvoir théocratique qui semblait « indéboulonnable » soit confronté à une telle crise, un tel mouvement populaire d’opposition qui mette en péril sa propre existence ?


27 janvier 2010

Pour autant, les conditions qui permettraient une sortie par le haut de cette crise, en répondant aux aspirations démocratiques et sociales d’une grande partie du peuple iranien, restent à construire.
Incontestablement, depuis le coup de force électoral du pouvoir du 12 juin, qui a vu la réélection contestée d’Ahmadinejadh comme président de la République Islamique, le mouvement de protestation est passé peu à peu de la demande de nouvelles élections à la mise en cause du pouvoir en place. Le guide suprême lui-même, Khamenei, dont la fonction constitutionnelle est la pierre de touche.

Comment en est-on arrivé là ?

C’est justement en cette année 2009, ironie de l’histoire, 30ème anniversaire de la création de la Révolution islamique, qui voit la victoire des forces de gauche et religieuse sur la dictature du Shah, que le pouvoir mis en place l’époque vacille.
Dans les mois qui ont suivi l’année 1979, les forces progressistes ont été peu à peu éliminées, ne laissant à leurs militants que le choix de l’exil pour échapper à la prison et la mort. Des milliers d’entre eux furent torturés, fusillés depuis 30 ans la répression n’a jamais cessé. Depuis, une chape de plomb s’est abattue sur ce peuple et le voile imposé aux femmes et la peine de mort en sont les symboles les plus intolérables.

Malgré cela, la République islamique n’est pas parvenue à étouffer les dynamiques sociales de ce grand pays, dont l’histoire du siècle dernier montre comment le peuple a fait preuve de son engagement pour la liberté, la démocratie et de son exigence de souveraineté face aux appétits des puissances occidentales sur ses richesses nationales. Ainsi, en 30 ans, malgré et avec la République islamique, le pays s’est urbanisé fortement, l’alphabétisation généralisée, les classes moyennes se sont développées, la contraception largement démocratisée, les universités ont dépassé le cap des 3 millions d’étudiants dont une majorité d’étudiantes, les technologies de communication dont internet sont très présentes dans une jeunesse de moins de 30 ans qui forme les deux tiers de la population !

L’Iran a donc tout pour devenir une société pleinement démocratique, riche de sa culture, ouverte sur le monde, possédant des richesses énergétiques parmi les plus importantes au plan mondial. Ce qui bloque, une dictature – et son système libéralo-étatique miné par la corruption – divisée entre ses différentes factions religieuses et des groupes puissants comme les Pasdarans, véritable État dans l’État, tous enfermés dans une vision islamiste, nationaliste et militariste de l’Iran.

Un pouvoir dont on ne sait plus très bien qui gouverne, gérant une économie de rente, tirée de ses revenus énergétiques, qui tente de se donner une image anti-impérialiste, flattant la corde nationaliste et jouant sur son droit au nucléaire civil.
Mais tout cela perd de plus en plus de son efficacité .La crise est générale. Le pouvoir et ses dirigeants ont perdu toute légitimité et crédibilité aux yeux d’une grande partie de l’opinion iranienne. Pour autant, ses moyens répressifs restent importants et sont une menace réelle.
Alors, que faire ? D’abord, c’est aux Iraniens et à eux seuls de trouver le chemin de leur libération et ils n’ont de leçons à recevoir de personne en matière de lutte pour la démocratie. Ce mouvement de protestation, en s’élargissant, apporte aussi des réponses diverses. Il n’est pas homogène. Le « mouvement vert » est pluriel. Ainsi, le trio Moussavi/Karoubi/Khatami s’en tient à la demande de nouvelles élections, s’affirme partisan de la République islamique.
Mais plus de plus en plus d’Iraniens pensent que c’est le système même qui doit être dépassé.Aujourd’hui, personne ne peut dire quel sera le chemin qui va s’ouvrir.Tous les scénarios sont possibles,les pires et les meilleurs. Pour sa part, le Parti communiste français, fort de ses longues années de lien avec les forces démocratiques iraniennes en France, apporte toute sa solidarité avec tous ceux et celles qui veulent mettre un terme à la dictature actuelle. Depuis les élections de juin, le PCF a participé à tous les rassemblements et manifestations de solidarité, prenant lui-même des initiatives pour faire connaître la lutte de ces jeunes, de ces hommes et femmes dont le courage nous donne confiance pour l’avenir.
Comme eux, nous condamnons la répression sanglante, exigeons la libération des prisonniers politiques – et parmi eux celle de notre compatriote Clotilde Reiss – et exprimons notre solidarité avec tous ceux et celles qui luttent pour un Iran démocratique, laïc, social et de paix.

Patrick Margaté
collaborateur des Relations internationales


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