Lettre des relations internationales - Juin 2010 :
Organisation des Etats des Amériques : assemblée générale, deux visions s’expriment.
Article d’Obey Ament, responsable Amérique latine des Relations internationales.
2 juillet 2010
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Deux visions se sont affrontées lors de l’Assemblée générale de l’Organisation des États Américains (OEA) qui s’est réunie à Lima début juin : celle d’une Amérique latine encore marquée par une dynamique progressiste, de recherche de nouvelles formes de souveraineté et coopération, et celle des États-Unis et de ses alliés. La « diplomatie multilatérale robuste » de Hillary Clinton s’est appuyée sur l’aide du Mexique et de la Colombie pour repousser les propositions de l’Équateur et du Nicaragua de condamner l’attaque israélienne contre la flottille de la paix et de discuter de la situation politique hondurienne. Washington a de la suite dans les idées.
De Condolezza Rice à Hillary Clinton, les objectifs hégémoniques restent les mêmes, seule la méthode change : on est ainsi passé du « hard power » (pouvoir dur) de l’époque Bush au « smart power » (pouvoir intelligent) de l’administration Obama. George Bush, qui avait un grand mépris pour le multilatéralisme, avait essayé d’introduire la guerre préventive avec l’aide du président colombien Alvaro Uribe, il avait déclenché une guerre frontale contre Cuba pour qui un véritable programme de gouvernement alternatif avait été élaboré. L’Équateur et la Bolivie avaient dû expulser des fonctionnaires des ambassades étasuniennes accusés d’ingérence.
En 2009, l’Amérique latine a défié Washington lors du sommet de Trinidad et Tobago, où les pays de l’Alternative bolivarienne des Amériques s’étaient refusés à signer la déclaration finale, et lors de l’Assemblée générale de l’OEA au Honduras, qui a annulé l’expulsion de Cuba de l’organisation.
Le « pouvoir intelligent » pratiqué désormais amène Hillary Clinton à se montrer favorable au multilatéralisme tout en installant des troupes de son pays dans sept bases colombiennes, pays qu’elle a visité pour réaffirmer le soutien de Washington au « plan Colombie » qui a apporté 8 milliards de dollars d’aides militaires en dix ans. Cette présence militaire renforcée est surtout un avertissement et une pression exercée sur les gouvernements progressistes voisins. Hillary Clinton a condamné le coup d’État au Honduras, mais a aussi tout fait pour le faire durer et empêcher le retour du président déchu, trop proche des pays de l’ALBA. Elle a utilisé l’intermédiation du président costaricien Oscar Arias pour écarter l’OEA, hostile au gouvernement putschiste.
Les efforts de Hillary Clinton se placent dans la continuité de ce que Condolezza Rice avait déjà essayé : adapter les instruments de l’OEA pour combattre les États troublions qui osent s’attaquer à la « véritable démocratie », celle qui s’identifie au marché « libre » et aux transnationales.
Les États-Unis voudraient redonner une place centrale à une OEA concurrencée par la création de l’Organisation des États latino-américains, qui exclue la participation des États-Unis. Hillary Clinton a proposé à Lima « une relation mesurée par des résultats » et trois idées qui reprennent le projet de George Bush : Recentrer l’OEA sur ce qui doit être son objectif central, faire avancer les institutions démocratiques et éviter la prolifération des priorités, une plus grande participation des pays membres au financement de l’organisation, et avancer dans la mise en oeuvre de la Charte démocratique de l’OEA avec un plan d’action qui prévoit la nomination de rapporteurs qui surveilleraient le respect de la démocratie pays par pays . Pour renforcer les institutions démocratiques, Hillary Clinton a aussi proposé
une redéfinition de l’altération de l’ordre constitutionnel.
Elle ne pensait pas à celles du Honduras, mais à celles que les gouvernements progressistes remettent en question aujourd’hui. Ces propositions sont la reprise des celles avancées par Condolezza Rice. Il s’agit de refaire de l’OEA le gendarme qu’elle a été tout en rappelant les États membres à leurs responsabilités ; les États-Unis ne sont pas prêts à financer seuls (ils apportent 60% du budget) une organisation qui met en cause leur domination. Les États visés par les propositions de Hillary Clinton sont bien sûr ceux qui vivent un affrontement acharné avec les vieilles oligarchies déchues, ce sont surtout le Venezuela, l’Equateur et la Bolivie.
Le représentant du Brésil, Osmar Chohfi, a repris l’idée d’établir des priorités et de centrer l’action de l’OEA sur des questions vraiment importantes. L’OEA, a-t-il affirmé, a déjà fait beaucoup pour consolider les institutions démocratiques, le respect de la souveraineté, l’autodetermination et la non-ingérence. Pour le Brésil, un système institutionnel démocratique signifie plus de justice sociale et la fin des exclusions, ce sont des conditions essentielles du renforcement de la démocratie.
Alors que les États-Unis demandaient à Lima une mise en application de la Charte démocratique de l’OEA, en espérant ainsi pouvoir attaquer les gouvernements de gauche, le Brésil, avec le soutien des pays progressistes, a demandé la mise en place d’une Charte sociale des Amériques et d’une Convention contre le racisme et toutes les formes de discrimination.
Concernant le Honduras, les États-Unis, soutenus par la Colombie et le Pérou, ont échoué dans leur demande de reintégration de ce pays dans l’OEA. La plupart des pays considèrent encore le nouveau gouvernement comme non-légitime. Des journalistes et syndicalistes sont toujours assassinés dans ce pays et le président Zelaya n’a pas encore retrouvé ses droits qui lui permettraient de rentrer dans son pays pour participer activement à la vie politique.



