Italie :

L' opposition de gauche au gouvernement des banques.

La fin du gouvernement de Silvio Berlusconi est intervenue alors que l’Italie subit une profonde récession économique, sociale et démocratique.


26 janvier 2012

D’importantes mobilisations sociales et citoyennes ont eu lieu pour y faire face (les référendums gagnés contre la privatisation de l’eau et l’immunité juridique pour Berlusconi ; les victoires de la gauche, à Naples et Milan lors des élections locales du printemps dernier) alors que, dans le même temps, s’accentuaient les pressions et diktats européens pour imposer à l’Italie, comme au reste de l’Europe, une cure d’austérité et une régression sociale sans précédent.

Les divisions de la droite italienne, tout comme la nécessité pour la finance européenne d’imposer un consensus politique plus large pour mettre en œuvre cette politique, ont conduit à l’intronisation du gouvernement « d’émergence nationale » de Mario Monti, qui a bénéficié à la fois du soutien de la droite berlusconienne en difficulté et du Parti démocrate, principal parti du centre-gauche et du centre-droit, organisé dans le troisième pôle de Casini et Fini… Pour des raisons opposées, tant l’extrême droite de la Ligue du Nord que l’Italie des valeurs alliée au PD dans le centre- gauche ont refusé la confiance à Mario Monti au Parlement. La gauche extraparlementaire, notamment regroupée au sein de la Fédération de la Gauche (Rifondazione Comunista et PDCI principalement) avait d’emblée demandé des élections anticipées et contesté un gouvernement « constituant » ayant pour objectif une profonde restructuration du panorama social et politique du pays ; Gauche écologie et liberté, le mouvement de Nichi Vendola, se démarquait également de tout soutien au nouveau gouvernement, tout en restant dans une configuration d’alliance avec le centre-gauche.

Le nouveau plan d’ajustement de 30 milliards d’euros adopté par le Parlement avec de nouvelles coupes sur les retraites, la santé, le budget des collectivités locales, la pression fiscale accrue sur les familles, sans toucher aux privilèges des grandes fortunes, s’inscrit ainsi dans le droit fil du diktat adressé par le directoire Merkel- Sarkozy et la BCE au précédent gouvernement de droite (libre concurrence, mise en cause du système de conventions collectives pour accroître la précarité du travail et faciliter les licenciements, durcissement de l’âge de départ à la retraite, instauration de la « règle d’or » plafonnant les déficits, dans la Constitution)(1).

L’enjeu d’une issue à gauche de la situation actuelle était au cœur des congrès du PDCI (2) et du PRC qui se sont tenus respectivement à Rimini et à Naples cet automne. Par à la fois la nécessité de continuer à vouloir rassembler pour une réelle alternative démocratique au berlusconisme dans une nouvelle situation exigeant une unité renforcée de la gauche transformatrice, et la plus ample opposition sociale au gouvernement Monti.

L’impulsion est donnée, pour cela, d’une « constituante des biens communs et du travail » dont la Fédération de La Gauche élargie pourrait être l’une des forces motrices. La nécessité apparaît enfin d’inscrire cette mobilisation dans sa dimension européenne et dans l’exigence d’une consultation du peuple le plus vite possible pour qu’il puisse décider de son avenir.

D’ores et déjà, après de premières grèves unitaires contre le nouveau plan d’austérité, les syndicats ont prévu des mobilisations importantes, avec notamment l’appel des métallurgistes de la FIOM à une grande manifestation nationale le 11 février 2012 pour défendre le contrat national de travail gravement menacé.

José Cordon
responsable Europe des Relations internationales

1. Avec l’effritement de la confiance supposée envers le gouvernement Monti, un des paradoxes, voire des dangers de la situation actuelle, c’est le risque d’une remobilisation de la droite et de l’extrême droite, qui pourraient s’appuyer sur les effets dévastateurs des mesures antipopulaires prises par un gouvernement « non légitimé par les urnes », et feraient oublier leur propre bilan ; et cela alors que le Parti démocrate risque, lui, d’être plus pénalisé par son soutien au gouvernement Monti le mettant ainsi en porte-à-faux avec son électorat populaire.
2. La question de l’unité des communistes dans un seul parti a également été posée par Oliviero Diliberto, réélu secrétaire général du PDCI, lors du congrès de Rimini. Les conditions n’en sont pas réunies lui a répondu Paolo Ferrero, le secrétaire général du PRC, « pour nous,l’important aujourd’hui, c’est de renforcer le niveau concret d’unité auquel on peut travailler » dans la Fédération de La Gauche et son renforcement.


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