Iran :
Un an après.
Depuis un an, le 12 juin 2009, date de la réélection contestée d’Ahmadinejadh, la République islamique d’Iran est entrée dans sa plus grave crise politique depuis sa naissance.
2 juillet 2010
Ces derniers mois ont été marqués par une succession de mouvements de protestation massifs qui ont déclenché une répression féroce de la part du pouvoir islamique et de ses policiers. Exécutions, emprisonnements massifs, tortures, viols, jugements bâclés, le pouvoir n’a trouvé comme seule réponse aux aspirations démocratiques de son peuple que la répression.
Confronté à une dégradation de la situation économique et sociale, divisé en son sein, le pouvoir iranien use de la terreur pour dissuader l’opposition de se rassembler. Celle-ci, regroupée en partie sous le vocable « mouvement vert » représente une grande diversité, des laïcs de gauche à tous ceux qui ne veulent plus de ce pouvoir qu’ils considèrent aujourd’hui comme une dictature. Le fondement même de la République islamique – la suprématie du religieux sur la société politique et civile – est de plus en plus contesté. Ce pouvoir garde toutefois des moyens de répression massifs, et fait tout pour éviter que l’opposition s’organise et se fédère.
La plateforme commune qui vient d’être ratifiée en Europe par neuf organisations et partis politiques iraniens est un facteur d’espoir.
C’est dans ce contexte de crise interne que la question du nucléaire iranien a connu ces dernières semaines des évolutions sensibles. Un accord tripartite (Iran-Turquie-Brésil) a été signé en vue de l’enrichissement d’uranium iranien à l’étranger, destiné au réacteur de recherche médicale de Téhéran.
Le 25 mai, l’Iran, qui a signé le TNP, a adressé une lettre à l’AIEA dont elle est membre, précisant les termes de l’accord d’échange.
Les réactions ont été nombreuses, certaines favorables, d’autres hostiles.
Le chef de l’ONU, Ban Ki-Moon, juge que cet accord « pouvait être une avancée positive s’il est suivi d’une coopération plus étendue de Téhéran avec la communauté internationale et l’AIEA ».
Pour autant, le groupe des pays membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, France, Angleterre, Chine, Russie) ne désarme pas et a fait adopter au Conseil de sécurité un nouveau train de sanctions malgré le vote négatif de la Turquie et du Brésil. Sanctions auxquelles viennent de s’ajouter celles proposées unilatéralement par le Congrès américain il y a quelques jours. De son côté, l’Union européenne a pris le relais avec des sanctions plus affirmées encore, ce qui a provoqué le courroux de la Russie qui est, avec la Chine, un des premiers partenaires économiques de l’Iran.
En réponse à ces sanctions, Téhéran annonce la construction d’un nouveau réacteur de recherche et déclare vouloir revoir le niveau de ses relations avec l’AIEA. Le pouvoir iranien confirmant toutefois sa volonté de se conformer à ses engagements internationaux sans renoncer à ses droits à l’énergie nucléaire civile.
Que penser de cette évolution du débat autour du nucléaire iranien ?
D’abord, c’est la confirmation qu’il n’y a plus de domaine réservé sur la scène internationale dans l’action contre la prolifération nucléaire, chasse « mal gardée » jusqu’alors des États-Unis et des puissances occidentales. La Turquie et le Brésil veulent dorénavant faire partie du groupe des 5 +1 (USA/France/Angleterre/Chine/Russie + Allemagne) chargé de discuter avec l’Iran. Décidément, le monde change et l’ONU devra un jour ou l’autre refléter ces évolutions.
Ensuite, pointer, comme le font les États-Unis et la France, la menace possible de production d’armes nucléaires iraniennes, en « autorisant » de fait l’existence, elle bien réelle, de l’arsenal nucléaire israélien, n’a aucun sens. Pas plus d’ailleurs que de laisser s’enliser la reconnaissance du droit du peuple palestinien face à la politique colonialiste du pouvoir israélien. Faire de cette région du Moyen-Orient une zone dénucléarisée et débarrassée de toute arme de destruction massive, c’est le sens de la résolution adoptée par 189 pays à l’Assemblée générale de l’ONU demandant à Israël d’accepter de soumettre son arsenal nucléaire aux inspecteurs de l’Agence internationale de l’Énergie atomique. Israël a déclaré rejeter cette résolution.
La résolution des menaces de prolifération nucléaire au
Moyen-Orient ne peut donc progresser que dans le cadre de solutions politiques des conflits qui empoisonnent cette région et la vie de ces peuples.
Enfin, si tout ce qui concoure à un processus de détente sur la question du nucléaire iranien ne peut qu’être regardé d’une manière encourageante, cela ne peut faire oublier la situation faite au peuple iranien.
Aucun dirigeant politique attaché aux valeurs démocratiques et de respect des droits humains ne peut fermer les yeux sur leurs violations massives en Iran.
Se placer dans la perspective commune de construire un monde plus sûr, doit s’accompagner de plus grands efforts pour faire respecter partout les droits des individus et des citoyens, sous peine de créer de nouvelles tensions, sources de nouveaux conflits.
Patrick Margaté
collaborateur des Relations internationales



