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FMI à l’Est : l’exemple de la Hongrie.
La dette de la Hongrie a démarré en 1974, au premier choc pétrolier.
23 novembre 2009
Les prix de l’énergie avaient fortement augmenté, y compris le gaz et le pétrole venant de l’URSS. En même temps, les banques privées suisse, allemandes et anglaises proposaient des prêts à des taux très bas. La Hongrie, comme la Pologne et la Roumanie, avait déjà emprunté en 1974. Mais, dès 1976, les taux d’intérêts des banques étrangères ont augmenté et le remboursement était devenu difficile.
À ceci, il faut ajouter que l’URSS demandait un effort d’armement à la Hongrie pour faire face à la guerre froide. Le gouvernement de Jonas Kadar, 1e secrétaire du PC hongrois, chef d’État de 1956 à 1989, avait dû renoncer, à partir de 1978, à élever le niveau de vie des Hongrois lorsque la production augmentait. En 1980, les banques privées de l’Ouest rapatrient leurs capitaux à l’Ouest et la banque centrale hongroise n’a plus de réserve.
Le PC hongrois convainc Kadar d’entrer au FMI en 1982. Dès 1987, le FMI demandait des réformes pour le remboursement. Il a imposé l’institution de deux niveaux de salaire : un salaire net et un salaire brut. Les Hongrois n’ont pas réagi car le salaire net était celui qu’ils percevaient auparavant. Dans un premier temps, le salaire brut payé par les entreprises d’État a augmenté pour remplir les caisses de l’État. Et le FMI avait aussi mis en place le processus des transferts d’impôts sur les salariés.
Il a imposé deux niveaux entre les banques. La Banque d’État doit être divisée entre banques de dépôt et banques commerciales et ces dernières peuvent être privatisées, ce qui fut fait dès 1990. Il a accompagné la réorganisation des usines d’État par un découpage en secteurs différentiés préfigurant les privatisations futures.
1989. Le rideau de fer « est coupé », comme on dit là-bas, peut-être par allusion au fameux pique-nique près du lac Balaton qui, en août 1989, a permis à des milliers d’habitants de la RDA de passer en Autriche. L’économie de la Hongrie a été alors, sur les conseils de l’OMC, très ouverte : suppression des barrières douanières et installation des capitaux étrangers qui ont acheté les entreprises hongroises. Ces patrons étaient principalement allemands, autrichiens pour l’automobile, remplaçant les usines de locomotive et de camion, et pour l’agro-alimentaire, très développée avant 1989.
Les Français ont gagné la guerre des grandes surfaces avec l’installation massive de magasins Auchan et Carrefour et la gestion de l’eau avec Suez*. Ces nouveaux patrons étrangers, qui étaient venus avec la promesse d’amener leur savoir faire, ont démantelé les entreprises pour n’en garder que la partie rentable, en faire des filiales et fermer les autres parties.Toutes ces entreprises étrangères rapatrient leurs profits dans leurs pays. Donc ces profits bénéficient peu à la Hongrie. Par contre, une fois la production fermée, les marchés de la Hongrie sont disponibles pour l’importation des produits de l’Ouest de
l’Europe.
La grande vague des privatisations a lieu de 1994 à 1998 dans les secteurs commerciaux, bancaires et industriels. Le FMI quitte la Hongrie en 1998, au moment où ce pays négocie pour rentrer dans l’UE. La Hongrie, vidée de ces richesses, entre dans les politiques de concurrence en se maintenant comme région low-cost de l’UE avec des bas salaires pour attirer l’installation d’entreprises, mais provoquant l’endettement des collectivités locales, celui des habitants et des PME.
Elle n’a plus de filet de sécurité pour faire face à la crise en septembre 2008. Le gouvernement demande de l’aide à l’UE qui la lui refuse, au nom de la régulation par le marché. Il fait donc appel à nouveau au FMI pour 25 milliards de dollars en 2008. Le FMI lui demande des efforts, d’où la réduction des retraites et leur privatisation pour la jeune génération, l’allongement de la durée de travail, la réduction des congés maternité, le regroupement des hôpitaux et la réduction de l’offre de soin. De plus, les salaires sont gelés pour deux ans. Le FMI demande aussi de poursuivre les privatisations, avec, dès maintenant, celle des chemins de fer et la fermeture de certaines lignes.
Les militants engagés à gauche disent que la confusion est complète du fait que ce soit un gouvernement socialiste qui dirige la Hongrie, sous les conseils de Strauss Khan au FMI et Pascal Lamy à l’OMC (tous deux membres du Parti socialiste français), qui forcent l’ouverture des marchés, la liberté de circulation des capitaux et la privatisation de l’économie.
La droite, pour des raisons électoralistes, prend aujourd’hui les mots d’ordre de gauche. Elle a organisé en 2006 un référendum contre la privatisation du système de santé prévue par le gouvernement socialiste.
Aujourd’hui, les Hongrois qui croient au libéralisme remercient le FMI de venir au secours de l’économie de leur pays en faillite, « du fait de l’incompétence des hommes politiques », disent-ils.
Le Premier ministre socialiste, qui a dû démissionner en 2009, mais influence toujours le gouvernement, est prioritairement visé dans les critiques. C’est un ancien responsable de la jeunesse communiste. Il est aujourd’hui milliardaire avec l’aide de la famille de sa femme, qui était au pouvoir du temps de la Hongrie populaire. Plusieurs autres membres de ce gouvernement étaient déjà en responsabilité du temps de Jonas Kadar.
D’où un mouvement dans la population, l’expression d’un anticommunisme à retardement, vingt ans après. Des Hongrois disent que « les Communistes sont toujours au pouvoir sous un autre nom politique et qu’il faut tous les faire partir ». La droite, qui prévoit de faire alliance avec l’extrême droite, est donnée gagnante aux élections législatives de 2010.
Christine Mendelsohn, PGE
* Cette entreprise française est aujourd’hui en procès contre la commune de Pécs, dans le sud de la Hongrie, depuis que le nouveau maire, de droite, a expulsé le directeur de Suez après que le prix de l’eau ait fortement augmenté et sa qualité baissé, et qu’il ait décidé de dévoyer la gestion de l’eau à la municipalité. Les profits dégagés par Suez avaient été utilisés pour ouvrir d’autres entreprises ailleurs dans le pays. Le tribunal de Budapest a ordonné, fin octobre, la cessation de leurs activités. Nicolas Sarkozy avait demandé à l’ambassadeur de France en Hongrie d’intervenir pour défendre les intérêts de Suez et des investissements français en général. Sans succès.



