Moldavie :

Après les élections législatives, tentation du choix de l’autoritarisme ?

« L’Ukraine, la Biélorussie et la Moldavie sont les trois pays considérés de grande importance pour l’Union européenne » a déclaré l’ex-président de la Pologne, Alexandre Kwasniewski, dans le cadre de l’ouverture en septembre dernier du Forum économique de Krynica, en Pologne, mini-Davos européen.


23 novembre 2009

Petit État totalement enclavé entre la Roumanie et l’Ukraine, la Moldavie peine à définir son identité culturelle et territoriale. Elle subit, en effet, les conséquences de sa position géographique sur l’une des principales lignes de fracture qui sépare, depuis près de deux siècles, l’Empire russe, puis l’URSS, et aujourd’hui la Russie de ses voisins occidentaux turcs et roumains. L’État moldave actuel résulte d’un singulier découpage lié aux soubresauts de l’histoire régionale et de choix de la période soviétique.
La Moldavie est entrée lentement dans la crise et la situation économique est très difficile. Elle est contrainte de faire appel à des aides extérieures. Elle essaie de maintenir sa politique d’équilibre entre la Russie et l’Union européenne, son premier partenaire commercial.

C’est dans ce contexte que se sont déroulées le 29 juillet dernier des élections législatives anticipées causées par l’échec du Parlement moldave à élire le président de la République à la suite d’élections qui se sont déroulées au printemps. Le chef de l’état sortant, Vladimir Voronine, en poste depuis 2001, ne pouvant prétendre à un troisième mandat. L’intégration dans l’Union européenne et l’adhésion à l’Alliance atlantique ont été au coeur des enjeux de ce scrutin.
Les quatre partis d’opposition sont arrivés en tête des élections législatives anticipées en Moldavie le 29 juillet. Le Parti libéral-démocrate (PLDM), dirigé par Vladir Pilat (il est devenu Premier ministre le 28 septembre dernier), a recueilli 16,40% des suffrages (17 sièges) ; le Parti libéral (PL) de Mihal Ghimpu a obtenu 14,40% des voix (15 sièges) et l’Alliance notre Moldavie (AMN), de Seralim Urechean, a remporté 7,40% des suffrages (8 sièges). Le Parti démocratique, dirigé par l’ancien ministre de l’Économie et ex-président du Parlement moldave, ancien membre du Parti communiste (PRCM), Marian Lupu, a recueilli 12,60% des suffrages et 13 sièges. Ces quatre partis totalisent donc 50,70% des suffrages et remportent 53 sièges au Parlement.

Le Parti communiste demeure cependant le principal parti politique du pays et obtient 45,10% des voix et 48 sièges. Les résultats montrent une Moldavie coupée en deux avec, d’un côté, des électeurs ruraux, et souvent très pauvres, favorables au Parti communiste et, de l’autre, des Moldaves urbains, qui se sont prononcés pour les forces de l’opposition. La participation a atteint 56,80%, soit au dessus de celle enregistrée lors des dernières élections législatives du 5 avril dernier (+ 4,8 points). Une nouvelle majorité parlementaire composée de trois partis, deux partis libéraux et un parti socialdémocrate, a été constituée tout de suite après les élections. Les premiers actes du nouveau gouvernement représentent déjà un recul dans l’évolution des institutions démocratiques de la Moldavie. L’ignorance des droits de l’opposition au Parlement, les changements importants dans la politique de sécurité sociale, les changements dans le code de l’audiovisuel, le manque de continuité dans le règlement du problème délicat de la Transnistrie, tout cela conduit à une instabilité majeure dans la société moldave.

Alors que l’intégration européenne libérale est soumise à la sanction inquiétante de l’abstention, la Commission européenne, le Parlement européen, le Conseil de l’Europe auront-ils la volonté d’empêcher l’installation d’un régime anti-démocratique en République de Moldavie, comme le demande la gauche européenne dont le Parti communiste moldaveest membre à part entière ?
Il y a lieu d’être attentifs, chez les progressistes européens, au projet de partenariat oriental de l’Union européenne lancé à Prague le 7 mai 2009.

Raphaël Vahé
collaborateur des Relations internationales du PCF


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