Palestine/Israel :

5e Conférence internationale de Bil’in : compte rendu de Nathalie L’hopitault

Collaboratrice du secteur international au PCF.


2 juin 2010

La campagne BDS

Il a été largement débattu de la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) lors de la 5e Conférence internationale de Bil’in, elle est un des éléments de la lutte populaire et non armée pour que justice soit rendue au peuple palestinien.

Son utilisation dans la société internationale devient visible et inquiète le gouvernement israélien qui mobilise tous ses relais pour décrédibiliser cette campagne (accusation d’antisémitisme, désinformation).
Cette campagne comporte trois volets, si le premier est souvent mis en avant, les deux autres sont, sans doute, ceux qui risquent le plus d’ébranler l’économie israélienne. Le Premier ministre palestinien, Salam Fayyad, devant les trentedeux diplomates étrangers présents, a rappelé la nécessité d’arrêter d’importer des produits des colonies, ou au moins d’empêcher que ces produits bénéficient des traitements particuliers dont ils disposent actuellement (cf. accord d’association entre Israël et l’Union européenne).

Plusieurs rencontres ont eu lieu en marge de la Conférence de Bil’in. À Jéricho, les conséquences du boycott des produits israéliens notamment ceux provenant des colonies ont été évoqués avec le Syndicat des ouvriers (Naqabat al oumal). Un des salariés de Soda Club, entreprise située dans la zone industrielle de Male Adoumin en territoires occupés (le boycott scandinave a entrainé cent cinquante licenciements palestiniens) a répondu que c’est la nécessité qui contraint les Palestiniens à travailler pour les entreprises israéliennes et que pour une campagne de boycott qui mettrait fin à l’occupation ils accepteraient de perdre leur emploi.
Wael Natheef, du Palestine General Federation of Trade Union, rappelle que l’Autorité palestinienne, en janvier 2010, a pris la décision politique d’approuver le boycott, elle appelle également au boycott par les Palestiniens eux-mêmes : la société palestinienne doit faire des sacrifices. La défense de la cause est supérieure à la défense de l’emploi, si le boycott coûte 10% à la société palestinienne, il coûte 10 % à Israël. L’Autorité palestinienne travaille à une alternative pour les travailleurs des colonies, elle doit se mobiliser avec les syndicats et le secteur privé. Ce plan est prévu sur cinq ans.

À Tel-Aviv, la Coalition des femmes pour la Paix (Coalition of Women for Peace), coalition qui regroupe onze associations juives et arabes d’Israël et en lien avec les partis Hadash et Balad travaille essentiellement sur le volet désinvestissement. Si la gauche israélienne dans son ensemble discute de la campagne BDS et se montre plutôt réticente, la Coalition des femmes, elle, a pris une position favorable, elle n’exclut pas le boycott culturel et universitaire mais privilégie le boycott économique .
Leur site www.whoprofits.org permet d’avoir une information fiable et contrôlée par un service juridique. Il montre le lien entre l’économie d’Israël et la globalisation. Non seulement des compagnies israéliennes profitent des conditions avantageuses accordées par leur gouvernement mais aussi de nombreuses multinationales Veolia, Dexia, Danone, majoritaires dans la société israélienne Eden Springs qui exploite l’eau du Golan (territoire annexé). L’économie israélienne est tenue par dixhuit familles qui contrôlent 50% de la Bourse. Elles ont grand intérêt au maintien de la colonisation.

Autre rencontre, avec Dov Khenin, député du Hadash (communiste), qui menait une liste rouge/verte, La ville pour tous, aux élections municipales de Tel Aviv et qui a recueilli 35 % des voix bien qu’il soit antisioniste, soutienne des refuzniks et refuse de chanter l’hymne national israélien où il n’est question que de la population juive. Qui boycotter, dit-il ? Le boycott culturel et universitaire lui semble dangereux. Il faut éviter que la population israélienne se sente attaquée et se regroupe derrière Netanyahou.Tout cela confirme la nécessité d’un boycott entièreent tourné contre la colonisation et l’occupation. Il faut donner un sens politique clair à cette campagne.

Vous pouvez retrouvez cet article dans le numéro de mai 2010 de LRI


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