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Conférence départementale : discours introductif de Michel Passet

Pour des communistes, affirmer vouloir changer le monde n’est pas chose nouvelle.

Et pourtant il y a du neuf, une impérative nécessité à le faire.

En quelques décennies, nous avons changé d’époque.

Le capitalisme connait une crise majeure.

L’insupportable est atteint entre capitalisme et progrès social, démocratie, développement culturel, écologie.

L’humain dans son existence et ses valeurs est en danger.

Avons-nous tort, courrons-nous à l’échec lorsque nous affirmons : « Nous voulons faire grandir une nouvelle conscience de classe, pour une libération de toute l’humanité » ?

Au moment où j’écris ce rapport, le journal télévisé me rappelle ce qui fait l’actualité essentielle de ces derniers jours : il neige !

Permettez-moi d’avoir une autre opinion de l’actualité : la France est en guerre, c’est une situation d’une extrême gravité.

Communistes, nous sommes contre toutes les formes d’intégrisme, et par-dessus tout, contre l’action ultra réactionnaire des forces de l’islamisme politique radical, en particulier des groupes djihadistes dont une partie est liée à des réseaux criminels.

Il était juste qu’une aide réelle soit apportée aux autorités maliennes.

Mais l’intervention militaire engagée, contestable dans sa forme au niveau national et international, ne peut constituer une réponse durable au grave problème posé.

Cette intervention militaire, les guerres d’Irak, d’Afghanistan, les tensions perpétuelles, l’inacceptable situation, même si des avancées notables ont été faites ces derniers mois du peuple palestinien, le difficile cheminement des révolutions des pays arabes, témoignent durement d’un échec politique et d’une impasse.

Il n’y a pas de solution militaire durable aux problèmes du monde actuel.

Pour cette région du monde, construire une paix durable, nécessite de créer les conditions d’un vrai développement humain dans toutes ses dimensions, un développement à l’opposé de la mondialisation capitaliste, colonialiste, voir d’une nouvelle forme d’esclavagisme.

Il convient de condamner le rôle dévastateur que joue des institutions internationales telle que le FMI. Mais aussi de s’interroger sur la nécessité d’une nouvelle étape que devrait franchir l’ONU.

Pour le monde, rompre avec le capitalisme est une urgente nécessité.

La brutalité avec laquelle la crise est en train de précipiter l’humanité vers des abîmes exige la mise en œuvre de solutions nouvelles qui s’attaque aux causes réelles.

« La domination insensée criminelle des forces de l’argent ».

Face à l’ampleur de la crise, il n’y a pas d’aménagement possible, de compromis envisageable, la mise en place d’un monde pour un développement humain durable, nécessite de mettre au centre l’humain.

Depuis plus de trente ans, les peuples du monde subissent les soubresauts du capitalisme dans tous les domaines. Les fractures s’élargissent, les s’approfondissent, mettant en cause les fondements même de notre civilisation.

Portée par le capitalisme, la domination des forces de la finance s’oppose violemment aux forces humaines, à leur capacité de construire un monde de paix, de justice, de liberté, d’allumer et rallumer au quotidien les étoiles. Et pour beaucoup sur notre planète, de remplir la gamelle au quotidien.

Cette crise de civilisation, c’est la crise de l’Europe, la politique capitaliste menée a inscrit l’Europe en échec.

Les exigences de rentabilité des capitaux écrasent l’économie réelle et imposent au monde du travail de multiples et insupportables saignées. L’accroissement des revenus du capital se fait au détriment des revenus du travail. La productivité augmente, mais pas les débouchés.

L’Europe est inscrite dans une spirale infernale dans tous les domaines, les peuples paient le prix fort.

On culpabilise les salariés, les populations, les états, à propos de la crise de la dette. En sachant que cette crise provient surtout de l’insuffisance des recettes publiques et sociales, du coût des intérêts versés aux banques, de l’appauvrissement généralisé de nos sociétés.

L’Europe, c’est aujourd’hui une pensée technocratique autoritaire où les peuples européens sont sommés de se soumettre et d’abandonner toujours plus leur souveraineté.

Perte de souveraineté au niveau européen, mais aussi perte de souveraineté du citoyen au niveau national, délitement de la citoyenneté.

Certes et nous le notons à juste titre, le racisme, la xénophobie, l’homophobie, le sexisme, etc, tous les maux de notre civilisation n’ont pas attendu la naissance des marchés financiers pour sévir mais les marchés financiers, les forces dominantes ont su le parti qu’elles pourraient en tirer.

Ces problématiques ont un effet dévastateur partout en France, mais accentué fortement marqué dans ce que l’on appelait avant le midi rouge.

Un midi qui compte aujourd’hui des tâches. Je ne prendrai qu’une image : comment le cœur de notre belle Camargue peut supporter la présence du député Collard !

Le département de l’Hérault est marqué par un fort accroissement de la population.

L’Hérault comptait en 2010 1 044 600 habitants. Chaque année, c’est plus de 14 000 habitants qui s’installent dans le département.

En 10 ans, la population de la ville de Montpellier a augmenté de 50 000 habitants, soit l’équivalent d’une ville comme Sète.

Quels bouleversements apportent ces nouvelles populations ?

Ces nouveaux habitants arrivent dans un climat d’instabilité sociale, de situations fragiles. Prenons l’exemple des jeunes en Languedoc Roussillon ces dernières années. 450 000 jeunes de 15 à 29 ans y résidaient, sur ces 450 0000, seulement 258 000 ont occupé un emploi salarié. Et sur ces 258 000, 94 000 ont occupé des contrats très courts, des missions d’intérim brèves, des emplois saisonniers.

Dans tous les domaines, l’instabilité économique règne.

A Sanofi, autour de l’Etant de Thau, à l’hôpital de Montpellier comme le titrait l’INSEE en 2012, les services surnagent, la construction plonge alors que notre département a tant besoin de logement.

Dans un département pauvre, économiquement saccagé où les populations ont un héritage complexe, le déplacement du conflit social sur le terrain identitaire et communautariste doit retenir toute notre attention.

Certes, et j’y viens, l’actualité politique nous interpelle mais après les conférences de sections, j’invite notre conférence fédérale à réfléchir sur ces questions.

Je partage la réflexion de Pierre Laurent lors du dernier conseil national :

« L’humanité est en panne de sens, c’est pour cette raison de fond que notre combat a besoin d’une mise en perspective, interrogation sur le devenir de l’humanité est un verrou politique et idéologique majeur. Il est de première importance de donner du sens, dans la longue durée, à l’ambition transformatrice qui nous anime ».

A ce sujet, permettez-moi de retenir votre attention sur l’importance du texte : le féminisme ne tue pas.

J’en citerai l’introduction.

« Les contradictions entre les sexes sont de fait beaucoup plus anciennes que les contradictions entre les classes et elles ne leur donnent pas naissance. Elles se développent ensemble sans pour cela se confondre mais en se favorisant mutuellement. Le schéma qui a imprégné les siècles a structuré profondément nos sociétés. La démocratie moderne ne dénonce pas la domination sexiste. Elle continue de la maintenir et même de la fabriquer ».

Au regard des luttes actuelles, ces propos appellent réflexion et enrichissement.

De même, interrogeons-nous sur le sens du rapport donné entre le citoyen et la politique au travers d’évènements récents ;

Chacun a pu noter l’écart qu’il y avait au moment des élections, expression du suffrage universel, écart d’intérêt, de vote selon les types de scrutin. Il y a certes de multiples raisons, mais le sens que l’on voudrait donner à la politique, n’est-il pas que seul l’être suprême peut guider le peuple, le reste est secondaire.

Seule en France l’élection présidentielle aurait de la valeur car seule capable de changer les choses !

La réforme des collectivités territoriales s’inscrit dans la même démarche. Moins de moyens, moins de représentativité, moins de pouvoir pour le citoyen du bas. L’enjeu d’une politique de proximité, l’enjeu d’avoir à tous les niveaux plus d’élus communistes n’est pas une question de boutique.

C’est un enjeu de civilisation, un enjeu de classe, directement lié à la place que nous donnons à l’humain dans notre 36ème congrès.

La politique gouvernementale est posée aujourd’hui, elle a les mêmes axes que les politiques de crise menées actuellement en Europe.

Austérité, compétitivité, flexibilité

Elle repose sur trois piliers :

  • Les budgets d’austérité de la nation et de la sécurité sociale qui sont la conséquence directe du ralliement au pacte budgétaire européen
  • Un pace de compétitivité et ses 20 milliards de crédits d’impôts sans contre partie autre que l’augmentation de la TVA et la réduction des dépenses publiques
  • L’insécurité renforcée du contrat de travail avec la pression du gouvernement pour transcrire in extenso dans la loi l’accord régressif MEDEF / CFDT.

Face à cette politique, la droite et le MEDEF ont beaucoup de satisfaction à avoir.

Je crois que pour nous il serait une erreur de nous enfermer dans le rôle d’opposants butés comme s’il n’existait qu’un seul choix possible à gauche :

  • Ou soutenir le gouvernement
  • Ou devenir un allié plus ou moins honteux de l’opposition.

Nous assurons notre rejet des choix du gouvernement au nom d’une idée centrale, une autre politique est possible pour la gauche, pour toute la gauche.

Si 2012 a vu, et nous nous en réjouissons, Sarkozy chassé du pouvoir, la droite n’est pas morte.

Dans notre département, le résultat des élections législatives n’est pas le reflet exact des rapports de force. Seulement quelques centaines de voix dans plusieurs circonscriptions ont fait la différence, ne l’oublions pas.

Ces élections ont validé la justesse de notre stratégie, de ce que nous avons créé le Front de Gauche.

Au-delà des bons résultats, n’oublions pas l’espoir est revenu. Paradoxalement, les résultats et la suite dans la situation politique et les luttes dans l’organisation même et le sens à donner au Front de Gauche en a montré les limites.

Nous devons résolument nous engager avec le Front de Gauche dans la campagne que nous avons lancée le 23 janvier à Metz « Oui, l’alternative à l’austérité est possible ».

Le Front de Gauche n’aura d’existence que dans sa capacité à rassembler, et rassembler sans limite toutes celles et ceux qui veulent que leur vie change, jusqu’à créer une force, un mouvement populaire dont les choix résumés par cette grande idée « l’humain d’abord » deviendra irréversible.

Lors de ce 36ème congrès, nous avons l’ambition de pousser d’un même pas, l’unité renforcée des communistes et les transformations novatrices de notre parti.

Les travaux que nous avons effectués sur le contenu de la base commune que nous avons choisie, et les projets de statuts que nous examinerons demain, nous permettront de faire un bilan d’étape en quelque sorte.

Depuis le 5 juin 2010, où en sommes-nous dans l’Hérault ?

Je ne prétendrais pas avoir au regard des responsabilités que vous m’avez confiées avoir réussi en tout.

A juste titre, tout le temps ou à certains moments, certains s’interrogent et m’interpellent. C’est la raison pour laquelle, à mon âge et fonction de ma modeste expérience, je voudrais vous donner ma réflexion sur le sens de ma responsabilité.

Cette approche me vient de ma mère, de son métier d’institutrice. Pour elle, il n’y avait pas dans sa classe de bons ou de mauvais élèves, ceux qui faisaient bien et ceux qui faisaient mal. Mais un collectif de gosses qu’il fallait accompagner dans leur chemin vers la vie d’adulte.

L’unité indispensable des 1 500 adhérents cotisants de la fédération, dépend peut-être de cette démarche. J’ai un regard lucide sur toutes les insuffisances, mais je suis convaincu qu’il faut améliorer, mais pas en changer. Il fau en permanence apprendre et apprendre à être plus et mieux révolutionnaire.

Cette révolution, et dans la préparation du congrès vous l’avez souligné, passe par notre capacité à mettre en mouvement une politique de plus grande proximité pour notre département.

Je voudrais, si vous le permettez, que nous réfléchissions et dépassions des affirmations qui sont justes mais reste incantatoires si nous les limitons.

Nous sommes, je le crois, une majorité à souhaiter plus de moyens, plus d’attention aux nécessaires organisations de proximité et notamment des cellules. Demain nous aurons à débattre d’amendements que je partage allant dans ce sens.

Nous notons l’impérative nécessité de développer nos activités principalement dans les quartiers populaires et les entreprises et nous avons raison.

Mais le réel nous interpelle, nos moyens sont ceux qu’ils sont.

Max interviendra sur notre situation financière.

Au regard de certains départements, notre situation d’organisation n’est pas si mauvaise, mais 1500 adhérents pour plus d’un million d’habitants, nous montrent qu’il n’y a pas que dans les entreprises ou les quartiers populaires qu’il y a des déserts.

110 élus communistes, cela frôle plus d’indigence que l’opulence.

Je crois que parler de politique de proximité est avant tout et surtout une question de fond de notre action politique départementale.

En quoi les habitantes et habitants de ce département trouvent nécessaire, utile, attrayante la place et l’existence des communistes ?

Face au scepticisme exprimé à l’égard des politiques devant le chaos des partis, la vie, le fonctionnement de notre organisation, le rapport des communistes entre eux et aux autres est une question essentielle que nous sous-estimons. Nous avons progressé dans le domaine de la formation, ne devons-nous pas élargir, n’avons-nous pas les moyens d’initiatives témoignant dans ce monde si dur que nous communistes comptons sur le savoir et l’intelligence de chaque femme et de chaque homme.

Faire une politique de proximité, c’est aussi être en capacité d’agir sur le terrain dans les limites et les possibilités de ceux qui sont la vie de ces territoires.

Réaliser, comme nous l’avons fait, une manifestation sur le thème « Bouge l’Hérault » n’a pas pour objectif de nous compter ou montrer nos forces.

Non, nous voulons affirmer, et nous devons poursuivre en ce sens, que tout ne dépend pas des héraultaises et des héraultais, tout ne dépend pas de ceux qui luttent, mais rien ne se fera sans eux.

Dans ce sens là, je propose à la conférence de mandater le prochain conseil départemental afin que nous réalisions une semaine d’initiatives sur les thèmes de la campagne nationale lancée le 23 janvier à Metz.

Enfin il nous faudra trancher sur la question de la fête départementale.

Dans sa préparation, comme sa réalisation, sans un engagement de tous les communistes, faut-il continuer ?

Chers camarades, conscient, du moins je le pense, comme vous des difficultés, de ce qu’il faut changer, j’ai une conviction profonde. Dans le ciel, il y a des étoiles, mais sur terre, il y a des militants.

Militer, c’est dur, mais putain, qu’est-ce que c’est beau.

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